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Les témoignages

Le départ de Drancy, le transfert en bus et l'embarquement

Le jour du départ, les déportés se levaient à l’aube.

« Le jour du départ, les déportés se levaient à l’aube. Ils descendaient dans la cour vers 6 heures du matin en laissant le gros de leurs bagages dans les chambrées. Une équipe spéciale de "porteurs" descendait les bagages dans la cour et les entassait à côté du carré correspondant des partants. Pendant ce temps-là, chaque chef de wagon faisait l’appel de ses camarades. Ensuite, arrivaient les autobus et les déportés y montaient par groupes de cinquante ou soixante par "wagons" entiers. Les "porteurs" chargeaient les bagages sur les plates-formes, deux agents occupaient l’étroit espace libre entre les bagages, et les autobus prenaient la route vers la gare de Bobigny. La descente dans la cour et le chargement dans les autobus se faisaient très rapidement […] : armés de longues gaules, [les SS] frappaient aveuglément les têtes et les épaules de ceux qui n’avançaient pas assez vite. »

Georges Wellers - Convoi n° 76 du 30 juin 1944

Les autobus se remplissaient, partaient, revenaient, et ce fut bientôt le tour de notre rang.

« Je ne sais plus si on nous a distribué un café, de la nourriture. Je nous revois seulement, en rangs par cinq dans la cour […] en attendant mon tour d’avancer jusqu’à l’autobus parisien réquisitionné qui, parmi d’autres, faisait la navette entre le camp de Drancy et la gare de marchandises de Bobigny. […] Les autobus se remplissaient, partaient, revenaient, et ce fut bientôt le tour de notre rang. Les gendarmes comptaient les effectifs pour remplir l’autobus. Sitôt celui-ci arrivé, ils nous ont fait monter, un par un, en nous recomptant. C’était ces vieux autobus à plate-forme. De chaque côté de la plate-forme, des gendarmes.
[…] En gare de Bobigny, il me semble que les autobus stoppaient tout près des wagons d’embarquement. Là, nous sommes passés aux mains des SS […].
Nous avons certainement été comptés avant même de quitter nos sièges, dans l'autobus, comptés encore une fois à la descente, puis, à nouveau une fois débarqués.
J'ai dû être parmi les premiers à monter dans le wagon pour lequel mon groupe a été désigné. Je me souviens, en effet, avoir eu une place dans la partie gauche du wagon par rapport à la porte, dans le coin opposé à cette porte. Je ne me trouvais pas très éloignée de la toute petite fenêtre grillagée pratiquée dans la paroi des wagons à bestiaux. Malgré ce grillage, les Allemands avaient fait clouer des planches en travers de ce fenestron afin que nul ne puisse éventuellement s'évader par cette voie. »

Juliane Picard - Convoi n° 70 du 27 mars 1944

« Le 31 juillet 1944 au matin,  on nous embarquait dans des wagons à bestiaux […] : soixante dans un seul wagon avec un seau hygiénique. On nous a distribué du pain mais presque pas de boisson. Il faisait une chaleur étouffante. »

Régine Skorka-Jacubert - Convoi n° 77 du 31 juillet 1944
Régine Skorka-Jacubert « Fringale de vie contre usine à mort », Paris, Le Manuscrit-FMS.

Entre notre wagon et la locomotive, se trouve le compartiment des sentinelles

« Je suis dans la "première" voiture […]. Entre notre wagon et la locomotive, se trouve le compartiment des sentinelles qui nous accompagnent. Il y a aussi, en queue du convoi, un autre compartiment de sentinelles. […] La garde SS entre dans la "voiture" et précise, après nous avoir comptés et recomptés plusieurs fois, que si quelqu'un manque à l'arrivée, tout le reste du wagon sera fusillé. »

Henry Bily - Convoi n° 62 du 20 novembre 1943