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Les témoignages

Le trajet

Embarquement fait le 18-7-43 au matin à 6.h 30 en Gare de Bobigny (Seine) de façon inhumaine et bestiale.

« Monsieur,

Embarquement fait le 18-7-43 au matin à 6 h 30 en Gare de Bobigny (Seine) de façon inhumaine et bestiale. Hommes-Femmes-Enfants. Pêle mêle, avec comme viatic 2 seaux d'eau et boules-de pain – 40 par Wagons à bestiaux puis plombées et fenêtres grillagés avec fils barbélés. Carte de visite jetée au départ du train à 10 h 40 ; Convoi prenant direction de Bar-le-Duc avec arrêt 1 heure à Epernay. 20 minutes à Châlons-sur-Marne et 6 Minutes à Revigny - Moral de tous excellent, et courageux ».

Jacques Baltar - Convoi n° 57 du 18 juillet 1943
Billet jeté du train

La dernière vision d'un monde civilisé s'est abolie

« La dernière vision d'un monde civilisé s'est abolie avec la petite gare vieillotte de Bobigny […]. L'enfer commence. Il naît avec l'enfermement absolu du wagon, dont l'unique lucarne ouvre son maigre rectangle grillagé sur le ciel d'hiver.
On l'a souvent dit : pas de quoi s'étendre sur le plancher, à peine la place de s'asseoir sur quelques brins de paille. Au centre du plateau, un seau d'eau bientôt vide, et un baquet en guise de tinette, vite plein. Grincements d'aiguillages, essoufflements de locomotive à vapeur, jets de suie, râles, geignements. Pour tous vivres, un trognon de pain par personne. Un seul arrêt en rase campagne […], des sentinelles le long des voies, des imperméables couvrant les bottes, l'arme à la hanche […]. »
« La puanteur ! La première dégradation que nous subissons, c’est d’aller aux toilettes devant tout le monde. […] Les adultes tendent un manteau, chacun d’un côté, pour éviter tant bien que mal la perte de dignité. Très vite, le récipient déborde. Le contenu se répand sur la paille. L’air est infesté, irrespirable. »

Ida Grinspan - Convoi n° 68 du 10 février 1944

Nous sommes assis à même le sol, maman, Lily et moi.

« Nous sommes assis à même le sol, maman, Lily et moi. À côté de nous, dans ce wagon d’une cinquantaine de personnes, un couple de vieilles gens se tiennent par la main. […] En face de moi un homme est assis près de sa jeune femme ; elle est enceinte, presque à terme, et tient un bébé sur les genoux. »

Charles Palant - Convoi n° 60 du 7 octobre 1943

Ils tapent de toutes leurs forces afin de créer un passage pour pouvoir s’évader.

« Dans la soirée, un bruit sourd envahit le wagon. Quelques gars sortent de leur musette et de leur sac des outils les plus divers. […] Ils essayent d’écarter les planches qui constituent le fond des voitures. Ils tapent de toutes leurs forces afin de créer un passage pour pouvoir s’évader. Ils arrivent finalement à crever le fond du wagon et à élargir la trappe pour filer à l’anglaise. […] Les gardes […] ouvrent les immenses cadenas […] et montent dans notre wagon. […] Ils nous obligent à reclouer les planches pour éviter de nouvelles évasions ! […] Les SS nous donnent l’ordre, à tous, [d’]enlever nos chaussures ainsi que notre pantalon. »

Henry Bily - Convoi n° 62 du 20 novembre 1943

« Le train roule. Des cris et des râles nous apprennent que quelque chose se passe à l’autre bout du wagon, c’est l’homme cardiaque, il est en train de mourir. Les gens frappent, hurlent contre les parois, en vain, le train roule. »

Claude Zlotzisky - Convoi n° 71 du 13 avril 1944