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Les témoignages

L'arrivée à Birkenau

« Le 10 mars, au petit matin, nous arrivâmes à destination. Des coups brutaux furent frappés aux portes des wagons. L'ordre : "Préparez-vous à descendre", nous fut donné. Puis les portes s'ouvrirent et nous vîmes sur le quai quelques SS, très peu, et de nombreux bagnards. […] Nous dûmes abandonner tous nos bagages sur le quai. »

Guy Kohen - Convoi n° 69 du 7 mars 1944

il y a un groupe d’officiers, bottés et sanglés, élégants et pleins de morgue. Ils font la « sélection »

« Des équipes de SS tout jeunes montent en hurlant dans les wagons, armés de gourdins, et chassent tout le monde avec des coups et des cris sauvages. Sur un des côtés étroits du quadrilatère plusieurs camions attendent, à côté d’eux une ambulance, et au milieu […] il y a un groupe d’officiers, bottés et sanglés, élégants et pleins de morgue. Ils font la « sélection » : les femmes âgées, les enfants sont poussés vers les camions, où ils montent très vite sous les coups terribles qui s’abattent sur eux. Leur hurlement remplit l’atmosphère. Une femme essaye de couvrir son enfant de son corps : des coups pleuvent sur ses épaules et sur sa tête. Ils sont étroitement entassés au fond des camions, comme des ballots de marchandises, et une chaîne barre le plateau du camion pour les empêcher de refluer. Certains essayent d’emporter leurs bagages à main, on les leur arrache et les coups redoublent. Les malades, les morts ou agonisants sont transportés dans des couvertures et jetés pêle-mêle par terre à côté des camions.
Quelques élus sont disposés en rang par cinq. Ils iront au travail forcé, ce sont des rescapés provisoires. Tous les autres – je le saurai plus tard – vont à la chambre à gaz et au crématoire, même les hommes âgés, dont la colonne rejoindra à pied les autres victimes. Les SS font l’appel des médecins, pharmaciens et chimistes, leur profession leur sauve – momentanément – la vie.
Tout ceci se passe à un rythme très rapide. […] Nous sommes deux cent cinquante environ qui sommes acheminés à pied et en colonne serrée vers le camp, encadrés pour la première fois par des sentinelles vertes. »

Fred Sedel - Convoi n° 58 du 31 juillet 1943

« J’étais encore avec mes parents. Nous fûmes priés d’avancer. Un premier tri eut lieu : les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Ma mère partit avec ses compagnes. Je ne la revis jamais. »

Claude Hirsch - Convoi n° 76 du 30 juin 1944

« Je tenais la main de mon père quand nous avons été brusquement séparés par un SS arrivé […] derrière nous. Très vite, tout cela s’est passé très vite, mon père a été poussé d’un côté, moi, j’ai été poussé d’un autre. »

Sam Braun - Convoi n° 64 du 7 décembre 1943